Histoire de France

Philippe de Villiers, homme politique français, ancien Préfet, ancien Président du Conseil Régional de la Vendée, il participe avec ses idées aux grands débats sociétaux actuels. Écrivain, faisant œuvre d’historien, son ouvrage sur Charrette rejoint totalement son intérêt pour l’Histoire de l’Ouest de la France. Fondateur du MPF, parti d’inspiration souverainiste, il met en exergue ce que notre histoire doit aux siècles passés. Monsieur de Villiers s’inscrit dans la lignée de la tradition vendéenne, dont il hérite par la branche de sa mère Edwige d’Arexi. Nous connaissons aussi Monsieur Philippe de Villiers pour son initiative exceptionnelle qui a permis la création du parc de loisirs du Puy du Fou. Parc le plus prisé des français, le Puy du Fou obtient le Prix International du Jupiter d’argent en 2011, classé premier parc français en 2012 « Thea Classic Awards 2012 » à Los Angeles, il a été certifié Internationalement « Green Globe » en 2012, du fait de sa démarche en matière de développement durable ; il a aussi reçu le second Prix Applause Award au Salon International de l’IAAPA.


Monsieur Charette de la Contrie…

Monsieur de Villiers

« Mon âme est à Dieu, ma vie au Roi, mon cœur est aux Dames, seul mon honneur est à moi » (Entretien recueilli par C.H.V pour SMC. XII, 2012).


SMC : Vous faites magnifiquement part, dans votre dernier ouvrage, de la vie de François Anastase Charette. Nous devons avant tout vous en remercier car au-delà même de ce travail historique, que votre bibliographie atteste pleinement, par votre talent de plume vous rendez grâce certes à Monsieur de Charette, mais ce faisant vous rappelez aussi ce que fut la résistance de nos ancêtres, résistance écrasée par les bourreaux de la Terreur. On ne peut imaginer que ce petit garçon timide jouant dans la campagne de Couffé deviendra un jour cet Officier glorieux et combien grand sera son destin au service de la France de l’Ancien Régime, de la Vendée, du pays Angevin et de la Haute Bretagne ; Officier général attaché sans faille à la cause de son peuple François Anastase Charrette de la Contrie est un vrai héro.

Monsieur Philippe de Villiers : J’ai voulu raconter l’histoire extraordinaire d’un petit Breton affecté d’une timidité maladive, surnommé le petit hérisson, né à Couffé dans l’actuelle Loire Atlantique. Ce petit garçon était alors incapable de vivre en société, car il était ravagé par sa peur. A 16 ans il est pourtant amené à rallier Brest pour intégrer l’École des Gardes Marine. Il y réside chez une logeuse, Madame Dubois ; à la même table que lui il côtoie des jeunes gens aux noms illustres : Bayard, Montcalm, Las Cases et aussi Chateaubriand. Très vite le médecin, qui est chargé de se prononcer sur les aptitudes des futurs marins, le désigne comme potentiellement inapte à la guerre et inapte à la mer. Charette, malgré tout, poursuit coute que coute sa formation. Il va tout d’abord apprendre à dominer sa timidité, mais il va par contre découvrir, dès le premier embarquement, qu’il à le mal de mer, ce qui est pour le moins gênant compte tenu de la perspective envisagée ; il connaitra aussi le mal des haubans, le mal de Siam, la fièvre jaune, et le scorbut. Il vivra des naufrages et des mutineries, et c’est à partir de là que tout bascule, et notamment son tempérament, car l’Histoire dans laquelle il est immergé l’amène à devenir un héro de la guerre d’Amérique ; il est près de la Motte-Picquet dans la bataille de prise du convoi de Saint Eustache ; près de La Pérouse, de l’Amiral de Grasse et de Bougainville à la bataille des Saintes. Il se bat si bien, lors des divers affrontements, qu’il est nommé au mérite, en 1787, Lieutenant de Vaisseau, ce qui est exceptionnel à l’époque ; il est arrivé à Brest à l’âge de 16 ans, en 1779, et il n’aura que 24 ans lorsqu’il sera nommé Lieutenant de Vaisseau, soit 8 ans pour accéder à ce grade, alors qu’il faudra 15 ans à du Chaffault de Besné, La Pérouse ou Suffren pour l’obtenir ! Il est ensuite affecté sur des bords divers en mer du Nord, puis en mer Méditerranée, il fait la guerre aux barbaresques ; il navigue dans le Bosphore et les Dardanelles, où il est amené à rencontrer le Sultan, et c’est en arrivant à Toulon, en 1790, qu’il se fait arracher sa cocarde noire, emblème de la Marine Royale. Il démissionne alors de la Marine et regagne la Bretagne. Ce petit hérisson aura alors participé aux grandes fractures de son temps : la guerre Russo-Turque, la guerre d’Amérique, l’insurrection Grecque, les convoitises des Russes dans les mers chaudes ; c’est un homme instruit des choses du monde, car il a participé à la Marine savante, la notre, celle qui est alors le première Marine du Monde ; cette Marine qui a fait progresser les sciences : la botanique, la géographie, la cartographie, la physique, l’hydrographie… et lorsque cette première vie est terminée, celle du Charette Breton, celle du Charette marin, c’est là qu’une autre vie s’annonce pour lui. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce personnage, c’est qu’il enchaine deux vies successives. Après celle du héro de la guerre d’Amérique il va devenir un héro de la Guerre de Vendée en inventant une forme de guerre qu’il appelle « la pêche à la bouteille », qui est directement inspirée de ce qu’il a appris à l’Académie de Marine à Brest. A l’Académie il y a vu s’empoigner Guichen ou l’Amiral d’Estaing tenants de la bataille rangée, la ligne de file, et Suffren qui lui réclame la rupture de la ligne de file. En fait Charette va expliquer à ses hommes, qui sont des paysans Vendéens, qu’ils vont faire la guerre de Suffren, c’est à dire crocher dedans, aborder puis déborder. Une guerre de bataille rangée contre les troupes des bleus qui sont composées de soldats professionnels, de soldats disciplinés qui montent en ligne ; des batailles faites de bâtons contre des canons ne pouvaient se concevoir et la seule façon de gagner était de faire sortir les troupes républicaines des routes Royales et de les entrainer dans les chemins creux. Cette guerre va durer trois ans. Charette va la pratiquer d’une façon tellement talentueuse que les bleus l’appellent l’insaisissable.

SMC : Vous faites part de son destin jusqu’à la place des Agriculteurs à Nantes, là où il sera fusillé. Pour vous, Monsieur, de Charette est, par excellence, le sujet emblématique de cette résistance. Pourquoi la vie de de Charette ? Car il y a d’autres chefs de guerre Vendéens ou Bretons.

Monsieur Philippe de Villiers : La vie de Charette c’est le panache Français dans la tradition de Bayard, de Du Guesclin, des grands résistants de la dernière guerre, et il ajoute au courage l’élégance, c’est très important l’élégance. Le panache il le porte sur lui, et en lui ; lorsqu’il est interrogé à Nantes, à la prison du Bouffay, son interrogatoire est révélateur ; le Président du tribunal lui demande : « Pourquoi avez-vous toujours cette plume blanche sur votre chapeau qui vous exposait comme une cible aux balles de vos adversaires ? ». Sa réponse : « C’est une vieille tradition de la Marine Royale, un Officier de Marine n’abdique jamais à l’honneur d’être une cible et d’être le premier visé par l’Anglais ». Ce panache il le porte sur lui, et en lui, et cela au point de commander lui-même le feu de son peloton d’exécution. Il demande cette faveur au Général Travot, les deux hommes s’estiment, donc Travot lui accorde cette faveur. Charette montrera la cible lors de son exécution, son cœur Vendéen cousu sur sa poitrine. Lorsque son interrogatoire est terminé il sait qu’il est condamné à mort, son accesseur lui dit : « Il est de coutume d’accorder aux condamnés à mort une dernière faveur… » Alors ? Charette de répondre : « Me raser ! ». L’accesseur hausse les épaules en disant : « La fosse commune n’est pas un bal ». Charette de reprendre : « Oui, mais un Officier de tradition se doit de partir soigné ». Toute la vie de Charette est tramée dans le courage et l’élégance. Il donne du courage une définition que nous connaissons tous : « Le courage n’est pas l’absence de peur, le courage c’est la peur dominée ». Il mène trois guerres : la Guerre d’Amérique, la Guerre de Vendée et la guerre contre son intérieur intime. Il illustre à merveille la phrase de de Vigny : « L’honneur c’est la poésie du devoir ». Il met de la poésie dans ce qu’il fait. C’est un artiste, ce qu’il fait est esthétique. Soldat et artiste à la fois. La réponse à votre question elle est dans le Mémorial de Sainte Hélène que j’aurais pu aussi citer. Napoléon dicte à Las Cases sur le Northumberland, qui l’emmène en exil à Sainte Hélène, Napoléon dit : « On va parler de la Vendée et de Charette, qui laisse percer un grand caractère tenant du génie ; il était d’une audace peu commune ». Las Cases l’interrompt : « Je ne peux pas écrire cela Majesté, c’était un indolent que l’on appelait le dormeur ». Napoléon de reprendre : « Las Cases, croyez moi, il est des dormeurs qui ont le réveil des lions, regardez Kléber… Écrivez ! Il était d’une audace peu commune, j’aurais voulu l’avoir à mes cotés ». Napoléon qui est un grand stratège de l’Histoire militaire de la France, accorde un brevet de courage, d’élégance et de talent stratégique à Charette. Dans la vie il faut toujours respecter les gens qui vont jusqu’au bout, et ce par delà les horizons, les origines, et les convictions. Deux mois avant sa mort Charette écrit une lettre à une de ses amazones : « Reste chez toi ! C’est fini ! Ils vont nous saigner comme des sangliers, quand à moi je lutterai pour la cause jusqu’à la dernière goutte de mon sang ». Une de ses devises, qui est géniale, est : « Battu parfois, combattu souvent, abattu jamais ! ». Et encore : « La charrette aura une roue, la charrette roulera ». Sur son sabre était inscrit : « Je ne cède jamais ! ». Enfin : « Mon âme est à Dieu, ma vie est au Roi, mon coeur est aux dames, seul mon honneur est à moi ».

SMC : On voit surgir à une des pages de votre livre un homme dont j’ai pu apprécier la vie, c’est Dumas de la Pailleterie, le fameux Général Dumas, père et grand père des auteurs, et dont la vie est aussi un vrai roman. Alors que Dumas est nommé à Nantes il refuse, pour son honneur, d’être mêlé au conflit. Il se dégage de la Vendée comme il se dégagera aussi de la répression qu’on lui propose de mener plus tard à Haïti.

Monsieur Philippe de Villiers : Il dit même : « Si on m’avait obligé à lutter contre les Vendéens je me serais fait sauter la cervelle ! ». Napoléon aussi a refusé de se battre contre les Vendéens. L‘Histoire des Guerres de Vendée est mal connue. Elle s’est déroulée en deux parties successives ; la première débute en 1793, c’est une guerre insurrectionnelle civile classique qui se termine par la mise à mort de la Vendée enterrée dans les marais de Savenay ; c’est le général Westerman qui s’occupa avec zèle de la mise à mort. Il écrit ceci à la Convention : « Il n’y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Plus de Vendée citoyens républicains ! Je viens de l’enterrer dans les marais de Savenay ; suivant les ordres que vous m’avez donnés. J’ai écrasé sous les sabots de mes chevaux les enfants, j’ai massacré les femmes et je n’ai aucun prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé ! ». C’est là où tout commence, pour la seconde période, et celle là est totalement injustifiable. Alors que la Vendée est morte, la Convention envoie douze colonnes de feu, « les colonnes infernales », à partir d’un plan d’extermination, que doit exécuter le général Turreau. Donc on voit bien les deux périodes : Au départ une guerre classique, puis une seconde période avec la mise en route de forces exterminatrices afin « d’éradiquer la race maudite et impure », ce sont là les termes de la Convention. Il fallait dépeupler la Vendée et la repeupler avec des sans culottes. Pour se faire il est alors pratiqué deux déportations : une horizontale, en dépeuplant géographiquement ces régions, mais aussi par ce que Carrier appelle la déportation « verticale » et qui consiste à entasser les Vendéens, les femmes, les enfants, les vieillards, dans des bateaux que l’on coulait noyant ainsi ces malheureux. C’est ce qu’ils appelaient le baptême républicain ; heureusement certains historiens comme François Furet, Alain Gérard, ont renouvelé et complété les études sur les Guerres de Vendée, et depuis que Soljenitsyne est venu en Vendée on ne regarde plus la Vendée de la même manière. J’ai titré ce livre « Le roman de Charette », mais ce n’est pas un roman, c’est la vie de Charette qui est un roman. Tout ce que j’écris est documenté et je n’ai rien inventé.

SMC : Oui, votre livre tient à une approche très documentée, et la bibliographie, encore une fois, l’atteste. Il est totalement passionnant, captivant et facile à lire, car vous savez avec beaucoup de talent communiquer votre passion de l’Histoire. Ce qui m’a vraiment fasciné dans les divers tableaux que vous brosser avec les couleurs de ce temps, c’est la charge sémantique en expressions de la Marine, ce vocabulaire qui nous plonge dans l’univers marin des Bords et des arsenaux, dans celui d’une Marine faite d’une tradition séculaire… c’est donc un régal que de vous lire. Si vous me le permettez Monsieur, j’ajouterais que si cette guerre a grandi l’honneur du peuple de l’Ouest, Angevins, Hauts Bretons, Vendéens, par le fait d’un courage affiché et d’une détermination sans faille, elle a par contre vautré dans la fange les bleus, les républicains, qui se sont conduits comme des assassins et qui ont massacré les femmes, les enfants, les vieillards avec une cruauté, une férocité et une rage peu imaginable. Ce fut effectivement une tentative de génocide. Souvenons nous qu’il fut rapporté que certains corps d’enfants et de femmes étaient dépecés sur place pour satisfaire au besoin morbide des tanneries de peau humaine et ce pour confectionner des objets tels que des sacs ou autres ornements futiles. Certains Officiers bleus se targuaient de porter des culottes découpées dans la peau des Vendéens ! Même si le général Westerman, cet officier sans honneur, responsable des pires crimes, a été décapité plus tard, précisons que ce ne fut pas en considération de ses crimes de guerre dans l’Ouest, mais bien pour sa conspiration contre Robespierre qu’il fut guillotiné le même jour que les dantoniens. Il est, me semble t-il, absolument anormal que deux rues, une rue à Paris et une autre à Pantin, puissent encore, en 2013, porter le nom de Westerman alors que parallèlement on constate que notre République s’empresse depuis un certain temps, en toutes repentances. Merci Monsieur de Villiers pour cette belle biographie.