Au sommaire de ce numéro

Extrait de la revue n*5

|Éditorial | Claude Harel |4|
|Le billet d’humeur | La France, pays de manifestations • Jean Noël Fabiani| 5|
|La pandémie de Covid-19, une leçon pour l’avenir | Patrick Berche |8|
|Médecins et chirurgiens d’Henri II | Michel Huguier |10|
|La chirurgie de guerre en Révolution | Robin Baudouin, René Jancovici |14|
|L’irascible combat des barbiers et des chirurgiens | Jean Noël Fabiani |20|
|Marie Curie. Une soignante aussi | Marie-Noëlle Himbert |28|
|L’édifice du corps humain selon Francesco Sansovino. A propos du cœur | Willy Burget| 32|
|André Breton, une carrière médicale mouvementée |Gilbert Guiraud |35|
|Quand Moïse et le Talmud exhortaient au confinement en cas d’épidémie •| Ariel Toledano| 40|


Notre couverture

Le Radeau de La Méduse de Théodore Géricault (1791-1824). Cette peinture à l’huile a été réalisée entre 1818 et 1819. Ce tableau, d’un format hors norme : 4,91 m sur 7,16 m, représente l’épisode tragique qui succéda au naufrage de la frégate La Méduse, il est exposé au Musée du Louvre de Paris. Nous remercions la direction du Musée du Louvre de Paris de nous autoriser cette reproduction en première de couverture.

La frégate La Méduse, dont la coque est mise à flot le 1er Juillet 1810 dans l’estuaire de la Loire à Paimbœuf, prend son service à la mer le 26 septembre 1810. Six années de navigation intense vont se succéder et lui assurer la pleine et entière satisfaction de ses commandants successifs.

Le bâtiment appareille, le 17 juin 1816, pour une mission au Sénégal avec à son bord des colons et quelques dignitaires affectés à ce territoire rétrocédé par les Britanniques. Ce sera son dernier voyage car la frégate échouera le 2 Juillet 1816, du fait de l’inconséquence de son commandant, sur un haut fond au large de l’actuelle Mauritanie.

Devant l’impossibilité de ramener en pleine eau le navire prisonnier des sables et de la vase, son commandant, le Capitaine de Frégate de Chaumareys, organise l’abandon du navire. Les six chaloupes ne peuvent suffire à embraquer tout l’équipage et les passagers (392 personnes au total) ; en grande hâte on construit alors un radeau sur lequel s’entassent 152 marins, soldats et quelques officiers, mais on note aussi la présence d’une femme. Le radeau est remorqué par les chaloupes ; le convoi met le cap vers la cote située à 60 km de là ; il s’agit de rejoindre Saint-Louis. L’état de la mer est tel que rapidement la remorque se rompt (à moins qu’elle ne fut délibérément sectionnée pour faciliter la route des chaloupes freinées par ce fardeau ?).

La suite est dramatique : au septième jour, il n’y a plus que 27 rescapés sur le radeau qui dérive vers le sud ; obsédés par la survie, il fut décidé par les officiers d’éliminer les blessés : « Ce moyen, quelque répugnant qu’il nous parût à nous-mêmes, procurait aux survivants six jours de vivres et trois quarts de vin par jour. »1. « La seule femme du radeau, cantinière de son état, fait partie avec son mari, le sergent Prasty, des condamnés que quatre hommes sont chargés, sous la menace, d’exécuter » 2.

Après 13 jours de mer le radeau fut fortuitement repéré et secouru par le brick l’Argus en route pour récupérer les barils d’or et d’argent laissés sur La Méduse. Sur les 152 naufragés embarqués à bord du radeau, seulement 15 étaient encore en vie ; 5 d’entre eux allaient mourir peu de temps après le transfert sur l’Argus. Les causes de cette hécatombe sont nombreuses et vont, plus tard, scandaliser l’opinion : à l’origine de l’échouage il y a l’incompétence notoire du commandant du bord. Pour les suites concernant le radeau : une mer grosse, qui fut la cause de multiples noyades, les tentatives de mutineries réprimées sauvagement dans le sang, la faim qui très tôt évolue vers le cannibalisme : « Notre faim était telle, et notre portion de poisson si petite, que nous y joignîmes de ces viandes sacrilèges, que la cuisson rendit moins révoltantes ; ce sont celles auxquelles les officiers touchèrent pour la première fois. »3 ; s’ajoute l’alcoolisation des naufragés qui n’avaient que les barriques de vin pour satisfaire à leur soif et alléger leurs souffrances. Cette tragédie est devenue un événement majeur et fit grand scandale à l’époque. Le capitaine de frégate de Chaumareys fut traduit en cour martiale et condamné. Théodore Géricault, aidé par les témoignages de Savigny et Corréard, réalise un tableau exceptionnel. Il s’attache à des détails réalistes et peint des têtes sectionnées à l’hôpital Beaujon qu’il ramène dans son atelier, des membres de cadavres pour étudier la couleur et la raideur de la mort

Savigny, chirurgien de la marine, survivant du radeau, dès son retour à Brest rédige un rapport destiné au Ministre de la Guerre ; ce dernier le soupçonne d’organiser les « fuites » qui vont déchainer la Presse sur ce désastre alors qu’il est impératif pour le pouvoir politique de garder le secret sur cet épisode peu glorieux. Le Ministre fait alors pression sur le jeune chirurgien militaire pour obtenir sa démission.

Savigny quitte la Marine Royale et présente une thèse de médecine à la faculté de médecine de Paris en Mai 1818 : « Observations sur les effets de la faim et de la soif éprouvés après le naufrage de la frégate la Méduse ». Il s’installe ensuite, comme médecin, à Soubise en Charente Maritime En 1825, il est élu maire de Soubise.

Claude Harel

Pour en savoir plus :

Géricault, Le Radeau de La Méduse : le sublime et son double, Paris, de
Jérome Thélot. Éd. Manucius, coll. « Écrits sur l’art », 2013, 76 p., in-12 (ISBN 978-2-84578-155-9).

Pour en savoir plus concernant le naufrage proprement dit :

Philippe Mathieu et Denis Roland, Le Radeau de La Méduse : le drame, le scandale, le mythe, Rochefort, Musée de la Marine, 2015, 32 p., grd in-8° (ISBN 978-2-901421-56-6).

Mais aussi vous pouvez visionner la « Master Class » intitulée : « Le radeau de la Méduse », mise en ligne sur ihmcs.fr. Cette remarquable conférence a été réalisée par Philippe Mathieu qui, à notre demande, est venu nous exposer ce drame à la Faculté de médecine de Paris Descartes et ainsi nous éclairer sur cette tragédie. Philippe Mathieu, Ancien élève de l’Ecole des Mousses (Groupe Armorique Brest), de l’Ecole de Maistrance (Groupe Armorique Brest), Officier dans la Marine nationale au rang de Capitaine de Corvette, occupe alors les fonctions d’Administrateur du Musée national de la Marine à Rochefort. Il est auteur, avec Denis Roland, de l’ouvrage : Le Radeau de La Méduse :

1, 2, 3 : extraits du rapport du chirurgien Savigny présent à bord du radeau.

Couverture : Théodore Géricault - Le Radeau de la Méduse, détail. (Musée du Louvre). Avec l’aimable autorisation du Musée du Louvre, (Droits réservés RMN)