Au sommaire

Éditorial de ce numéro Claude Harel 4
Le billet d’humeur : Et si l’histoire dépendait aussi du climat ? Pr Jean Noel Fabiani 5
Ramond de Carbonnières et les crétins des Pyrénnées Jacques Battin 7
Chirurgie et diplomatie savante au xvr siècle : Ambroise Paré et André Vésale au chevet d’Henri II Marc Zanello, Stanis Perez, Johan Pallud 11
1215 : le quatrième concile du Latran ou La vraie séparation de la médecine et de la chirurgie Pr Jean Noël Fabiani 18
La médecine aztèque. Représentations et signification de la santé et de la maladie Nathalie Brown 22
La chirurgie de guerre à la Renaissance :
par le fer et par le feu
Dr Robin Baudouin, Pr René Jancovici 26
Henri de Toulouse-Lautrec. Le handicap qui tue Gilbert G. Guiraud 32
Quelques lectures conseillées 42
Thomas Diafoirus alias Guy Patin (1601-1672) ? Laïc Capron 43
Les enseignements en histoire de la Médecine l’Université de Paris Descartes 46

Notre couverture

« Les premiers essais du traitement du cancer par les rayons X », 1907 ; huile sur toile du Dr. Georges-Alexandre Chicotot (1865-1921).

Cette toile est actuellement la propriété de l’AP-HP et est archivée avec le fond des autres oeuvres qui constituent le patrimoine artistique de cette grande institution.

Le tableau : c’est un autoportrait du peintre et médecin le Docteur Chicotot, alors récemment spécialisé en radiothérapie puisqu’il obtient le titre de radiologue en cette même année 1907. Chicotot ne peint pas pour exposer dans les salons huppés mais, et ce sont là ses propres termes : « pour proposer des documents pour l’avenir )). La scène ici représentée est très réaliste et vient de surcroît participer au fait de magnifier la science et cette médecine qui s’appuie désormais sur les technologies les plus innovantes. A l’époque de la réalisation du tableau la radiothérapie des cancers existe déjà depuis maintenant plus d’une dizaine d’années ; elle a été le fait, en France, du Dr Victor Despeignes qui l’applique aux cancers dès 1896. Grâce à ce traitement, et dès la fin du XIX’ siècle, on constate des diminutions importantes des masses cancéreuses. Le docteur Chicotot occupe une bonne place sur son tableau : celle du thérapeute ; il est en grande tenue : une blouse blanche sur son habit de ville ; son haut de forme souligne sa notabilité. La malade est nue, comme offerte à cette technique ; elle semble sereine et confiante.

En arrière-plan, toutes les instrumentations électriques : l’ampoule de Crookes, les voyants, les potentiomètres...

L’aspect pédagogique du tableau néglige pourtant un point essentiel, celui de se protéger du rayonnement au moyen d’un tablier de plomb ; pourtant, depuis maintenant l’année 1904, Antoine Béclère préconise de « se protéger de l’action nocive des nouvelles radiations » au moyen d’un écran de plomb. Chicotot paiera de sa vie cette négligence et décédera (tout de même à un âge avancé pour l’époque : 72 ans) de radiodermites. Béclère lui-même, le conseilleur, sera amputé de quatre doigts du fait des radiations.

Le Docteur Georges Alexandre Chicotot fut un artiste-peintre bien avant que d’être médecin. Né en 1865, il est l’Élève de Hanoteau, de Hébert puis de Paul Richer, ce dernier fut lui-même médecin et un des meilleurs élèves de Jean Matin Charcot. Georges Chicotot étudie à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il y débute en 1880 puis, dès cette date et chaque année, il expose ses oeuvres au Salon des artistes français. Il
évolue dans des genres très divers : religiosité et sentiments, puis ce sont des sujets historiques, enfin des scènes médicales. On lui doit de nombreux tableaux de médecine qui resteront célèbres : Le croup ; L’autopsie au XX’ siècle ; Les premiers traitements du cancer aux rayons X ; Leçon d’anatomie ;
Médecine infantile. Il sera médaillé au Salon des artistes français et à l’exposition universelle de 1889. Il s’inscrira à la faculté de médecine de Paris en 1892 et soutiendra sa thèse en 1899. Nommé à l’hôpital Broca, puis à l’hôpital Saint Louis, en 1914 il devient chef du laboratoire de radiologie de l’Hôpital Hérold. Il meurt victime de radiodermites en 1921.

•Claude Harel